L’objectivité est au cœur des préoccupations du journalisme depuis de nombreuses années.
Le reporter ne doit laisser ni ses sentiments, ni ses opinions influencer son travail. Cela fait partie des codes qui lui sont attribués lors de ses premiers pas dans le monde professionnel.
A l’école déjà, les théories qui étudient cette « neutralité » différencient le bon du mauvais journaliste.
« Faites preuve d’impartialité et ne vous laissez pas guider par vos émotions. »
Tel était le propos d’un professeur d’analyse de la presse écrite de la Haute École de la Province de Liège.
Pourrait-on donc attribuer à Jean-Pierre Martin la couronne du plus mauvais journaliste ?
Le grand reporter ne verrait pas cette logique d’un très bon œil …
Pourtant, l’émotion à fleur de peau qui dicte la plupart de ses reportages témoigne d’une grande subjectivité. Chose qui déclenche les colères chez certains confrères.
Mais si les nombreux farouches définissent le travail de J-P M. de médiocre, le personnage reste pourtant reporter « numéro 1 » de la boîte dans laquelle il travaille.
Comment peut-on donc expliquer cette conflictualité entre objectivité et son contraire ?
Aujourd’hui, il semble définitivement convenu que la parfaite objectivité n’est pas accessible. Choisir une orientation d’article renvoie déjà à la prise de parti. Cependant, la règle de l’objectivité demeure un idéal à atteindre.
Évidemment, tendre vers cette objectivité ne relève pas de l’impossible, mais il existera toujours un filtre par lequel chaque reporter devra passer.
C’est la rupture entre réalité et narration.
Prenons l’exemple d’un reportage réalisé lors d’un stage sur Vivacité (Liège) le 1er Mai 2009. Françoise Dubois, rédactrice en chef, me demandait de couvrir la fête du muguet. Je me suis donc rendu auprès de vendeurs ambulants qui sillonnaient les rues de la Cité Ardente afin qu’ils témoignent de leur recette.
Lorsque j’ai choisi de poser certaines questions, suivant un angle précis, à un interlocuteur qui me semblait sympathique, j’ai réalisé de nombreux choix personnels. Ma démarche instinctive et spontanée m’a conduit à transformer la réalité. Cet exemple m’amène donc à cette réflexion :
La subjectivité est elle inconsciente ?
Quel que soit le média étudié, il existe une part de subjectivité dans chaque reportage réalisé. Hors, nous savons que le journaliste joue un rôle essentiel dans la vie des citoyens en influençant leurs attitudes quotidiennes.
Cette subjectivité peut cependant être « maîtrisée » selon différents critères qui touchent aussi bien les qualités propres du journaliste que les choix éditoriaux des rédactions.
Prenons l’exemple des journaux télévisés en Belgique. Ceux-ci sont limités dans le choix de sujets vu le peu de temps accordé pour traiter des informations.
L’édition doit donc réaliser une sélection parmi le flux d’information reçue afin de proposer un traitement de l’actualité diversifié et concret.
Comment peut-on alors expliquer que le journal de 19h00 sur RTL TVI est presque identique à celui de son confrère de la RTBF à 19h30 ?
N’y a-t-il pas assez de sujets intéressants à traiter ?
Est-ce une raison pour laquelle la chaîne publique perd de nombreux fidèles ?
Parlons justement de l’intérêt des sujets présentés par nos deux chaînes et par les autres d’ailleurs. Est-il réellement indispensable de suivre tous les jours le bon rétablissement de Johnny?
S’il faut admettre qu’il existe une part de subjectivité chez chaque journaliste, n’oublions pas non plus que l’actualité est traitée par rapport aux spectateurs. Le but étant de réaliser un gros chiffre d’audience, les sujets seront choisi selon la demande.
L’état de santé des 50 millions de sans papiers semble moins nous préoccuper que les 2 dents cassées de notre ami Silvio Berlusconi.
Prenons un autre exemple. La condition de la femme en Iran et en Afghanistan est souvent montrée du doigt par les médias. Dénoncer les atteintes à la démocratie ou au droit des femmes est une bonne chose pour empêcher les violations du droit international.
Cependant, les journalistes n’oublient-ils pas d’autres pays où certaines femmes connaissent des conditions bien plus atroces ? L’Arabie Saoudite, avec qui l’Occident coopère, semble libre de commettre les pires atrocités.
Là où le voile et les minarets déclenchent les foudres, l’analyse vaginale et les châtiments réservés à certaines femmes arabes ne semblent pas heurter les consciences.
Saddam Hussein, quant à lui, est devenu un épouvantable tyran le jour où il a eu l’impudence de nous voler la clef de la station service koweitienne.
A travers ces différents exemples, nous pouvons constater que les médias font parfois des choix litigieux.
Si la subjectivité est inconsciente dans certaines situations, n’est-elle pas également le fruit d’un système qui nous pousse à voir le monde d’un certain angle ?
Qui est responsable de cet abrutissement général qui touche la plus grande partie de la population ?
Rendre les médias seuls coupables de cette situation ne serait pas un raisonnement très objectif…
Le peuple est également partie prenante quand il réclame cette information populaire qui alimente sa vie quotidienne.
Lorsque Jean-Claude Guillebaud, journaliste français et conférencier, nous invite à combattre ce fameux clergé, il veut surtout nous avertir du danger que suscite la logique de la chasse au scoop et de cette nouvelle machinerie médiatique.
La nostalgie du sexagénaire ne rejoint cependant pas les croyances de l’opinion publique.
Nous sommes donc face à une situation qui remet en cause non seulement la responsabilité des médias mais aussi celle d’une société « pseudo » démocratique.
Cette réflexion personnelle me pousse à me poser une dernière question :
A l’heure actuelle, quel est finalement le vrai rôle des médias ?
Michael Menten
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